Pour l’Eglise, à quoi ça peut bien servir un théologien?

Introduction par Elio Jaillet et article par Dimitri Andronicos, ex-assistant diplômé en éthique théologique à la Faculté de théologie de Genève. Il a effectué aussi 7 mois de stage pastoral en paroisse. Il est aujourd’hui co-directeur de Cèdres Formation et du Séminaire de culture théologique.

Dans le troisième épisode de la Saison 3 des Huguenots, nous voyons un John qui se débat avec l’écriture de sa thèse, entre cours à donner et interventions extérieures à assurer. Sans nécessairement être pasteur, le théologien à un rôle d’utilité publique à jouer.

C’est que le théologien n’est pas isolé dans sa tour d’ivoire. Ce n’est pas pour cela qu’one le paie. Il y a différentes sortes de théologiens, spécialistes chacun dans leur domaine. Mais ils sont tous réunis par un public, dont on ne saurait tirer des contours exacts. À un moment, la communauté institue des personnes pour travailler des sujets qu’elle ne peut pas travailler intuitivement. Pour ce qui concerne Dieu, le religieux, le théologique, voici que naquit le théologien. Le théologien est au service de la communauté, pour interroger son identité, lui permettre de dire ce qui la fonde, ouvrir des pistes, interroger la tradition, signaler les embûches et les failles que l’on ne voit pas forcément d’office. Il nous semblait intéressant de donner la parole au témoignage de l’un de ces êtres étranges ; un témoignage court et intense qui nous redis où est l’Eglise.

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Elio Jaillet, alias John

Lorsque nous témoignons, il y aura toujours cette ambigüité ; celle de savoir si cela en vaut la peine… Et surtout, de savoir au nom de quoi, ou au nom de qui, nous témoignons. Dans mon cas, si je témoigne ici, c’est peut-être au nom d’une idée de ce que l’Eglise est et peut devenir. Je vais donc témoigner pour un témoin, témoigner de l’Eglise et de sa promesse. Il est courant de battre en brèche l’idée d’Eglise au nom de l’Evangile ou de Dieu, comme si l’une pouvait capter l’autre. Et s’il n’est pas inutile de rappeler qu’elle n’est pas Dieu (mais on s’en doutait), il n’est pas non plus nécessaire de continuer à battre un homme à terre. Parce que justement, l’Eglise, telle qu’une utopie pourrait la porter, sera celle qui, à terre, à même le sol, jette un œil au ciel, attend un signe, une aide inespérée. L’Eglise aime le sol, la boue, les campagnes, ses villages, ses gens, elle y adhère, elle en vit, et s’y perd. Elle vit de l’insignifiance, à même les grouillements des activités humaines ; dans les interstices de la vie active et productive. Au cœur de la vie, elle s’en trouve tout le temps à la marge, injustifiable. Elle est auprès des évènements qui ne trouvent pas de justification, qui simplement adviennent ; que ce soit une naissance, ou une rencontre, ou même la mort. Justement, ce qui advient, imprévisible, résume le sens de l’Eglise ; accueillir ce que le monde n’attend pas, ou plus, et lui donner une espérance. Les défis, à même le sol, ne manquent pas, et le courage insensé porté par l’Eglise sera de réconcilier l’irréconciliable, de consoler l’inconsolable ; de dire que Dieu ne renonce pas.

L’utopie sera celle d’une Eglise à terre, qui y lutte et y sue, à la hauteur d’une promesse insensée et sublime.

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Dimitri Andronicos, co-directeur de Cèdres Formation et du Séminaire de culture théologique

 

Elio Jaillet et Dimitri Andronicos

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